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LES MORTS PEUVENT ATTENDRE

SACD# 000600937

Traitement de Éric Heim

 

Logline : Un jeune prodige du poker, témoin du sinistre meurtre de son père, voit son passé le hanter, lorsqu’un gitan, escroc et roublard, l’entraîne dans une dernière partie. Pour être à jamais libéré des dettes paternelles, le prodige doit jouer un ultime tournoi contre l’assassin de son père. Perdre pourrait lui coûter non seulement sa vie, mais aussi celle de la femme qu'il aime...

 

Des billets brulés flottent dans l’air. Une carte de poker, l’as de pique, virevolte…

 

La pleine lune dispense une lumière laiteuse, à travers les nuages. Un homme énorme, le Mastoc, traîne Marc (22 ans) par les jambes, dans un terrain vague. Le visage de Marc, l’œil tuméfié, figé dans un rictus effrayant, regarde l’astre luisant.

 

Marc, l'air évaporé, se sourit à lui-même. Est-ce une belle nuit pour mourir ? Marc distingue les escarpins de Lara (30 ans), sa démarche hésitante trahit sa terreur. A ses côtés, un homme, canne au pommeau d’argent en forme de joker, à la main.

 

Marc ferme les yeux… il se souvient.

Les gyrophares d’un camion de pompiers, de la fumée, une voiture cramée, un cadavre carbonisé...

 

Marc dort et se réveille d’un bond en hurlant. Désorienté, il appelle Camille, mais personne ne répond dans sa chambre de bonne. Marc soupire.

 

Dans le métro, Marc étudie attentivement des photos de macchabées. Les gens assis à ses côtés le regardent, inquiets. Marc, gêné fait un tour avec les cartes Pokémon d’un enfant, le gamin hurle, sa mère le calme. Marc s’excuse et descend.

 

Marc arrive en courant à l’école de soins et sciences mortuaires. Dans la salle de thanatopraxie, une professeure demande à Marc, à l’aide d’un fil et d’une aguille courbe, de refermer la bouche d’un cadavre. Marc s’approche du mort. L’œil inerte semble le suivre… Marc frissonne, Flash, Marc, revoit le cadavre carbonisé. Marc s’évanouit.

 

Marc rejoint sa tante, Pierrette à la morgue. Ils dînent ensemble. Pierrette, petite cinquantaine, joviale avec une certaine prestance, demande à Marc s’il est prêt pour l’examen. Marc ment, il est accablé, c’est l’anniversaire de la mort de son père, Jean Michel, dit Jimi.

 

Pierrette l’emmène en salle de réfrigération. Elle ouvre un tiroir et sort une bouteille de vodka. Ils boivent au souvenir de Jimi. Pierrette lui montre un cadavre. Marc reconnaît le comédien Cool Shen mais c’est un sosie. Pierrette acquiesce, elle aussi, voit passer des sosies... Marc soupire, si Camille était là...

 

Marc s’arrête sur un pont, la tour Eiffel scintille au loin, des couples d’amoureux s’embrassent. Marc regarde un MMS de Camille, pétillante, mignonne, cheveux courts, pleine de vie. Camille est à Londres avec un autre homme. Marc hurle, il jette son téléphone dans la Seine, et contemple l'eau trouble.

 

Marc grimpe sept étages et tombe sur un grand type, assis sur le palier, il mange des chips, boit une canette de bière. L'étranger se présente : Albert, (28 ans) le cousin de Camille.

 

Albert raconte que Camille lui a proposé de venir ici. Marc regarde l'étrange silhouette, les cheveux gominés, la petite moustache, les tatouages sur les mains, au coin de l’œil… Marc n’est pas très rassuré. Albert a un entretien lundi, et il a besoin d'un logement. Marc le laisse entrer à contrecœur.

 

Les dix mètres carrés, rangés au millimètre, sont envahis par le grand Albert. Il inspecte l'appartement de Marc, tombe sur des manuels de thanatopraxie. Albert ne comprend pas pourquoi Marc veut devenir Croque-mort.

 

Albert regarde par la fenêtre, la vue est superbe. Marc recherche un Airbn’b et tombe sur les photos de Camille. Albert le console, Camille a toujours été une fille libre, il ne faut pas le prendre personnellement, Marc reste abattu.

 

Albert attrape deux bouteilles de vodka dans sa vieille valise. Un flacon est vidé, l’autre est déjà ouvert, Albert, enthousiaste, parle des opportunités de Paris. Il faut juste de l’imagination, de l’audace, de l’insouciance. Albert sort de sa valise un pied de biche, casse le cadenas fixé sur une échelle. Marc le regarde ahuri, Albert accède, par une trappe, au toit. Marc hésitant, le suit.

 

Marc et Albert boivent et contemplent la ville. Leurs regards tombent sur l’appartement d’en face. Une belle femme mystérieuse, Lara, fait du Taï-Chi. Les deux hommes restent scotchés par cette présence hypnotique.

 

Marc est envoûté par ses mouvements sensuels et gracieux. Albert, se met à réciter un poème de Nerval, Une femme est l’amour. Marc est étonné, mais l’enchantement ne dure pas, Albert conclut par le beau petit cul de Lara.

 

Le réveil est dur, Albert prépare un petit déjeuner gitan. Marc dévore, avale une gorgée de jus de tomate, mais la recrache illico, c’est un Bloody Mary. Albert lui assure que c’est le meilleur remède contre la gueule de bois. Marc, panique, son examen est lundi, il doit se préparer, Albert doit partir... mais Albert a promis de l’aider à réviser.

 

Albert entraîne Marc chez un boucher. Ils ramènent une carcasse de cochon. Marc incise cette matière inerte. Marc décrit l’anatomie de la bête, ses organes, ses boyaux. Albert raconte une histoire de mules humaines avec de la drogue dans l’estomac. Marc regarde cet ami de fortune, circonspect, mais la bonhomie d’Albert est contagieuse.

 

Albert embarque Marc dans un camp gitan, près de l'autoroute. Des enfants jouent avec des chiens galeux, d'autres tournent autour de caddies remplis de différents métaux, de déchets. Toute la tribu mange le cochon qu’ils ont amené, la musique flotte dans l’air. Marc montre aux enfants des tours de cartes. Albert parle aux frères Weiss, grande famille manouche de la petite pègre hexagonale. Près d’eux, une figure imposante, le Mastoc, parle avec une voix aigrelette. Les Weiss veulent savoir si les explosifs vont être livrés. Albert confirme.

 

Le Mastoc rejoint une berline, où un homme chauve, grosse moustache, cicatrices au visage, l’attend. Les Weiss regardent Marc avec suspicion. Albert ricane et les rassure. Le Mastoc revient vers Albert et lui donne une mallette.

 

Marc est enchanté, Albert lui assure que la soirée est loin d’être finie ! Dans un bar miteux, Albert retrouve Aleco, (35 ans) un copain gitan, très typé. Aleco a perdu tout son argent au poker. Albert l’engueule, c’était son argent ! ils doivent une grosse somme à de mauvaises personnes. Marc les écoute en silence, Albert commande une bouteille, dans l’ombre, les frères Weiss observent. 

 

Albert et Aleco boivent, et s’apitoient, une apparition attire l’attention de Marc, Lara se dirige vers la pièce du fond. Marc, hypnotisé la suit. Albert et Aleco, les Frères Weiss, aussi. Lara s’installe, Marc la rejoint à la table de poker. La partie démarre.

 

Marc perd les premiers tours, les joueurs se moquent de lui. Albert observe le jeu avec attention. Étrangement, le visage de Marc se transforme, ses yeux deviennent vitreux, sa tête penche sur le côté. Marc distribue les cartes comme un automate. Son attitude déstabilise ses adversaires Lara l’observe, fascinée.

 

Marc remporte la partie, relance, gagne… il fait tilter, (jouer sans réfléchir), les autres joueurs. Albert reconnaît en Marc, le Croque-Mort, ce joueur impassible, à l’apparence lugubre des défunts, l’homme qui ne peut pas perdre. Marc joue le tout pour le tout et remporte la totalité de l’argent. Lara reste bluffée.

 

Les joueurs accusent Marc de tricherie, mais Marc déniche deux cartes cachées sous les jambes du joueur à côté. L’un d’eux prend le pactole, Aleco lui plante son cran d'arrêt dans la main. Lara s’éclipse. Albert récupère l’argent. Ils décampent vite de ce lieu sordide. Les Weiss hochent la tête satisfait.

 

Au camp des gitans, Albert est surexcité par la façon dont Marc a gagné le bluffe, sous son regard de chien battu, se cache un pitbull ! Marc a un véritable don, Albert lui propose de devenir partenaire... Albert connaît un tournoi clandestin, des rumeurs circulent, il y aurait des centaines de milliers d'euros à gagner. Ils peuvent facilement monter une combine pour tricher avec Aleco.

 

Marc abrège son discours, c’est non, plus de poker, il a cédé juste pour approcher à Lara. Albert frustré, retourne vers un groupe de gitans musiciens.

 

Aleco emmène Marc voir une vieille gitane, austère, elle lui tire les cartes. L’avenir est néfaste, les morts reviennent, seule échappatoire : chercher le courage au fond de ses tripes. Albert extirpe Marc, il ne croit pas à ces superstitions.

 

Albert et Marc éméchés, sont adossés contre la carcasse d’une voiture rouillée et criblée de balles. Plus loin, Aleco joue des airs mélancoliques avec un groupe de musiciens. Une femme, belle et racée, chante la tristesse des gens du voyage.

Albert veut savoir. Pourquoi ? Pourquoi bon sang, Marc ne joue plus au poker ?  Marc marmonne que depuis qu'il est petit son père jouait aux cartes avec lui…

 

Dans un minuscule appartement parisien, sur une table en formica, Jimi, bel homme de 39 ans, montre à Marc (5 ans) des tours des cartes. Marc l’imite sans problème, c’est un prodige, un génie, un petit Mozart du poker… Fier, Jimi emmène son fils à des soirées minables de jeux clandestins.

 

Marc grandit, il s’entraîne, jour et nuit. Il regarde son père jouer et perdre, il apprend à prédire les mains d’autres joueurs, à lire sur les visages, à repérer les bonnes stratégies… Marc observe son père, homme plein de panache, insouciant de ses dettes.

 

A l’aube, le père et le fils rentrent d'une nuit de jeu. La mère de Marc, épuisée, s’en va. Après son départ, Jimi devient un autre homme. Il laisse Marc à la morgue, chez sa sœur, Pierrette, pour se perdre dans la vie nocturne parisienne.

 

Marc, enfant, déambule devant les corps, observe leurs stigmates, imite leurs expressions morbides, devient de marbre et apprend « l'anatomie » du poker.

 

Marc, jeune adulte, gagne et rembourse, en partie, les dettes paternelles. Le Croque-Mort naît au fond d’arrière-salles enfumées, personne ne semble pouvoir le battre. Jimi disparaît pour de bon, Paris devient trop dangereux…

 

Au campement gitan, Marc a du mal à poursuivre. Albert attend la suite, il lui offre la bouteille, mais elle est vide. Marc relance l’histoire.

 

Jimi réapparait, très amoché, il se cache chez Pierrette. Jimi doit beaucoup d’argent à un truand, Louis, un vrai psychopathe. Quelques jours après Marc rentre au petit matin, à la morgue, il aperçoit les pompiers, la police sur place, une voiture brûlée, un cadavre calciné… Jimi a payé de sa vie, sa dette de jeux.

 

Non, Marc ne jouera plus.

 

Marc et Albert restent muets. Autour d’eux, la fête continue. Aleco passe avec la guitare et une bouteille, la fête repart, Albert reste pensif.

 

Le lendemain, Marc est réveillé à l’arrière de la vieille voiture, un coq, perché sur le capot, émet des cris stridents. Le campement semble désert.

 

Albert et Aleco ramènent Marc à Paris. Marc aperçoit des jeunes femmes en train d’aménager en face de son immeuble, parmi elles, Lara. Aleco va à sa rencontre. Albert se frotte les mains. Tout le monde aide, le petit groupe travaille dans la joie, la bonne humeur, ça glousse de partout, ça parle fort. Lara fait les yeux doux à Marc. Albert, lui, flirte ouvertement.

 

Sitôt le travail fini, les filles sortent du champagne. Albert ouvre une bouteille, on l’applaudit. Albert sert tout le monde et incognito, met une pilule dans le verre de Marc. Lara est moitié Bulgare, moitié gitane, elle s’installe à Paris, ses explications sont floues, ils sont voisins, ils échangent leurs numéros. Marc est aux anges.

 

Des boîtes de pizzas, des cadavres de bouteilles recouvrent le sol. Albert et Aleco s’éclipsent avec Lara. Marc entrevoit Aleco ouvrir quelques cartons et siffler d’enthousiasme. Albert souriant, ferme la porte.

 

Marc va vers la chambre, il titube, Lara sort d’un coup, Marc se perd dans ses yeux en amande. Lara sourit et demande, avec son accent exotique, si tout va bien. Marc balbutie, son examen est demain. Lara suggère de continuer la fête en boîte. Tout le monde est partant, mais Marc reste perdu… Lara le prend par la main. Vient on va danser ! Le monde semble tourner sur lui-même…

 

La musique est forte et entraînante. Le groupe est sur la piste, du champagne et diverses substances circulent. Marc essaye de garder le contrôle. Albert entre sur la piste, se colle à Lara. Marc ne peut s’empêcher de la regarder, Lara le remarque. 

 

Albert commande des boissons, Marc s’approche de Lara et l’invite à danser. Le courant passe, Marc imite Travolta, Lara le suit hilare. Soudain, un type patibulaire s’en mêle. Albert et Aleco arrivent, une bagarre éclate.

 

Chaos. Marc tire Lara vers la sortie, ils courent main dans la main, rient comme deux gamins. Ils échangent un regard. Lara embrasse Marc, surpris, il répond à son baiser. Lara lui propose de rentrer ensemble. Marc est tenté, il se sent bizarre… et son examen ! Non, il ne peut pas ! Lara insiste, si…  Il peut !

 

Un brouhaha au loin casse l’ambiance, Albert et les autres sont éjectés, la bagarre continue. Lara se retourne, Marc s’éclipse dans la nuit.

 

Marc voit, caché dans l’ombre d’une rue, un homme chauve, visage zébré de cicatrices, énorme moustache, les yeux derrière des lunettes de soleil, le fixe. Il sent une autre présence derrière lui… c’est Lara. Surpris, il trébuche, elle l’emmène.

 

Marc est bien amoché, Lara le soigne, la drogue d’Albert désinhibe Marc. Il avoue qu’il l’aime, une ombre passe sur le visage de Lara, elle lui sourit tendrement, lui caresse la joue. Ils s’embrassent.

 

Lara pousse Marc vers son lit, il titube, tombe en riant sur le dos. Marc parle comme hypnotisé, il a du mal à croire qu’une femme comme Lara puisse être attirée par un looser. Lara lui grimpe dessus... puis l'attache au lit. Marc, confus, est hors d’état de résister. Lara lui chante une berceuse bulgare. Marc sombre…

 

Le jour de l’examen, Marc arrive en salle d’opération, confiant. Il incise le corps d’une femme, sa professeure l’applaudit, mais le cadavre s’anime, ses intestins s’éparpillent au sol. Flash, gyrophare bleu, le cadavre devient la figure carbonisée de son père. L’horrible buste s’anime et lui dit de chercher le courage au fond de ses tripes.

 

Marc se réveille en sursautant, il est seul dans la chambre, toujours attaché au lit. Il appelle Lara, personne ne répond, des pas s’approchent...  Albert arrive avec des croissants, il veut savoir si Marc a bien dormi. Marc tire sur les cordes et le traite de bâtard. Par sa faute, il a raté son examen.  

 

Albert le reprend, Marc est un putain de joueur de poker et pas un putain de patron de pompes funèbres ! La mission d’Albert, c’est de sauver Marc, il doit lui faire confiance, mais Marc est ligoté. Albert le détache. Marc lui saute aussitôt dessus, le roue de coups. Ils tombent à terre, ils sont pathétiques.

 

Lara entre et les sépare, Albert, penaud, masse sa joue tuméfiée. Marc lance à Lara un regard féroce. Lara s’excuse, Marc claque la porte. Lara rattrape Marc, lui demande pardon. Marc ne répond pas. Lara l’emmène dans un café.

 

Lara lui parle de sa fille laissée à Ishtok, en Bulgarie, chez sa grand-mère. Lara lui montre une photo. Lara est prête à tout pour que sa fille ait une meilleure vie. Et le père ? Lara sourit, amère, l’homme est un manipulateur, elle veut le quitter.

 

Leur attention est attirée par Albert, il fait les cent pas avec son portable. Le téléphone de Lara sonne. Elle ne répond pas, le téléphone de Marc sonne à son tour. Tous les deux explosent de rire. Albert trépigne. Marc prend les mains de Lara, il est certain d’une chose, il est tombé amoureux d’elle…

 

Le visage de Lara se durcit. Elle lui serre les mains jusqu’au sang. Marc veut les retirer, mais Lara a une poigne d’acier. Pour elle, le vrai amour est comme ça, un lien, plus fort que le ciment. Plus fort que la vie… et la mort. Un lien que rien ne peut rompre. Est-il prêt pour un tel engagement ?

 

Marc ne répond pas, les ongles de Lara s’enfoncent dans sa chair. Lara, espiègle, libère ses mains, seul le sexe n’est pas compliqué. Lara se lève, elle embrasse Marc sur la joue, le baiser glisse vers la bouche. Lara demande à Marc de réfléchir à la proposition d’Albert. Ce serait elle son partenaire pour le tournoi de poker.

 

Plus tard, Marc rentre chez lui, monte sur le toit, il voit Lara avec le Mastoc et le chauve moustachu, avec ses lunettes de soleil… ce type que Marc a cru voir la veille dans l’ombre... Les deux hommes intimident Albert et Lara, le chauve moustachu fait des gestes vers l’appartement de Marc.

 

Lara appelle Marc, paniquée, elle veut savoir s’il sera au tournoi. Marc caché derrière une cheminée, voit Lara et Albert, menacés, il accepte. Le Mastoc et le chauve moustachu quittent l’appartement de Lara.

Soudain, Albert saute sur le canapé, fait une pirouette maladroite, attrape Lara et l’entraîne dans la danse. Lara, hilare se laisse bercer. Ils s’embrassent, se dénudent, Lara file vers la chambre. Albert, avec ses vilains caleçons blancs, lève le pouce vers Marc, il lui sourit et éteint la lumière. Marc se fige, il se lève, glisse du toit et se rattrape in extremis à la gouttière.

 

Le lendemain Albert se pointe chez Marc, aux anges. Il raconte sa soirée avec Lara. Il est amoureux, peut-être pour la première fois de sa vie. Marc reste muet, Albert, sans prêter d’attention, l’attrape, le pousse dehors !

 

Albert et Marc retrouvent Aleco, Lara, et ses copines, dans un bar branché. Albert fait le beau, embrasse Lara langoureusement. Lara, gênée, n’arrive pas à regarder Marc dans les yeux. Albert annonce que Marc est d’accord pour le tournoi. Tout le monde fête la nouvelle, les boissons fortes coulent à flot. Marc soupire, résigné.

 

Marc s’isole avec Lara. Comment peut-elle sortir avec ce voyou d’Albert ? Lara rétorque, elle aussi a un côté voyou, ils se comprennent. Marc doit la considérer comme une associée en affaires. Ils vont bosser ensemble, mettre au point des feintes. Marc boit son verre d’un trait… Lara devient tendre. Elle lui explique que, tôt ou tard, elle brisera son cœur. Et Albert ?

 

Albert c’est bon pour le business…

 

Aleco arrive et tire Marc vers la sortie. Ils sont en retard. Marc est perplexe. Lara le pousse gentiment. Marc ne comprend rien, il regarde Lara dans les yeux, et l'embrasse, le visage d’Albert s’assombrit, il n’a pas perdu une miette de l’échange.

 

Le trio roule vers un quartier désertique, un complexe d’entrepôts. Ils retrouvent les frères Weiss qui distribuent flingues et cagoules. Marc refuse, Albert l’avertit, beaucoup de choses vont changer, pour Lara, sa fille aussi… Tout le monde a un rôle à jouer. Marc arrache la cagoule de la main d’Albert et attrape un pistolet.   

 

Le gardien est assommé, Aleco place des charges sur un coffre-fort. Explosion, la porte cède. Les gitans balaient les billets et remplissent leurs sacs, sans stress. Marc observe le sang-froid de la bande, il s’en va. Le plus jeune des frères Weiss le met en joue. Aleco se place devant lui, Albert rattrape Marc.

 

Marc n’est pas fait pour ce monde de la pègre à deux balles. Albert lance des regards vers les Weiss. Ils ne peuvent plus faire marche arrière. Marc n’a aucune confiance, ni en eux, ni en Albert. Ses mots blessent Albert, qui lui, l’estime comme un frère, même si Marc a tenté de lui piquer la femme de sa vie !  

Marc lui propose un marché, il aime Lara, il est amoureux d'elle depuis le premier jour, si Albert renonce à elle, Marc accepte de jouer, sinon il abandonne tout. Grand moment de silence. Albert est désarçonné. Marc reste de marbre.   

 

Marc et Albert discutent, le campement des gitans prend vie avec les premiers rayons de soleil… Aucun des deux ne veut renoncer à Lara. Ils voient la vieille voyante près de sa caravane. Albert crache par terre. Marc est curieux de savoir ce qu’elle lui a prédit. Albert est bref, il n’a pas d’avenir, que du malheur… et il va falloir chercher le courage au fond de ses tripes.

 

Marc s’entraîne avec Lara, et enchaine les tournois clandestins dans les bas-fonds de Paris. Marc triche, mélange, bat les cartes en sa faveur, utilise les méthodes de lapping, de palming, prend des jetons aux autres joueurs. Albert et Lara sont soufflé par son audace, son sang-froid. Marc assène le coup de grâce à ses adversaires, quand il prend les traits du Croque Mort.

 

Lara est une joueuse brillante. Marc emploie tous ses talents pour l'empêcher de gagner. Un jeu de regards intenses, de défiance et de séduction s’installe entre eux. Les deux joueurs lisent les cartes de l’un et l’autre. Marc prend du plaisir, pour la première fois, à jouer au poker.

 

Le tournoi approche, Marc prépare ses derniers coups, compose sa tête de mort. Lara ne supporte pas cet aspect cadavérique. Marc fige ses muscles, ses yeux deviennent blancs, un rictus sur sa bouche. Lara, l’implore d’arrêter. Marc la console, ils s’enlacent sur le canapé, Lara le retient, leur histoire n’a pas d’avenir.

 

Marc s’anime, gesticule, lui propose de partir tout de suite. Ils peuvent aller chercher sa fille, s’enfuir à l’étranger, recommencer une vie ailleurs. Lara rit, le traite de fou, Marc remplit une valise, attrape ses chemises, ses robes, ses pantalons… mais il s’arrête net devant la lingerie, fixe Lara, ils tombent au sol.

 

Les ombres s’allongent. Lara et Marc se lovent l’un contre l’autre. Lara avoue qu’elle a fait une bêtise. Marc la serre dans ses bras, chuchote que tout va bien se passer. Il ne s’agit pas du tournoi, mais après… Marc assure qu’il est là, pour elle et sa fille. Ils s’embrassent. Lara s’éclipse. Marc distingue une ombre. Albert est sur le toit en face, une bouteille de vodka à la main, un flingue dans l’autre.

 

Marc rejoint Albert sur le toit. Ivre, il offre à Marc la bouteille presque vide. Albert sait que Marc a gagné. Lara l’aime. Marc stabilise Albert, Albert ricane, il reconnaît qu'il n'a pas tout dit à Marc…

C’est lui qui a poussé sa cousine, Camille, à le séduire, pour qu’il reprenne le poker, mais elle est partie, Marc était trop ennuyeux pour elle.

 

Albert avoue que Louis, le propriétaire du club où se déroule le tournoi, est le gangster qui a commandité l'assassinat de son père. Albert, travaillait pour Louis, il connaissait bien Jimi. Ils étaient partenaires dans les tournois clandestins...

 

Marc hurle, Albert le baratine depuis le début. Marc le frappe. Albert tangue, mais reste debout, il voulait l’aider, et Marc lui tape dessus, lui pique sa femme ! Albert part furieux.

 

La nuit tombée, Aleco emmène Marc dans un quartier désertique, une petite ruelle, des entrepôts, des usines, des maisons minuscules plantées au milieu de rien. Aleco laisse Marc devant le bar, Chez Louis, endroit banal, murs sales, enseigne cassée. Marc est surpris de voir le Mastoc à l’entrée, ce dernier lui fait un clin d’œil. 

 

A l’intérieur, un vieux bar en bois aux forme galbées, orné de quelques pièces métalliques, des vieilles balustrades, une lumière tamisée, des tables, une clientèle au visage dur et fermé, quelques alcôves.

 

Louis (57 ans) petit et rondouillard, les yeux fuyants, une chemise à rayures, est ravi de le revoir, il emmène Marc, très bien sapé, au bar rejoindre de fausses blondes, à fausses poitrines, encadrées par des hommes inquiétants. L’un d’entre eux, une gueule de loup, tient une canne au pommeau d’argent, en forme de joker grimaçant.

 

Louis se souvient de Marc, jeune et surtout de Jimi. Louis fait l'éloge des prouesses de Marc et lui souhaite bonne chance. Marc s’installe au milieu de joueurs et joueuse aux allures de crapules. Le croupier souhaite à Marc la bienvenue… Lara entre dans la pièce, magnifique dans son élégante robe noire. Toutes les têtes se tournent vers elle. Lara s’installe en face de Marc.

 

La partie démarre… La combine entre Marc et Lara marche à merveille, tics, petits gestes, mimiques, respirations complices… chacun sait ce que l’autre possède. Au fil des heures, les participants perdent tout, reste Marc, Lara, et un australien, coriace, sur une seule mise, il fait perdre un tiers des jetons aux deux amants.

 

Le visage de Marc commence à se figer, son regard devient absent, un rictus pointe sur les lèvres, sa tête se penche… Soudain Lara s’esclaffe, vicieuse, elle taquine Marc, ce petit garçon effrayé, se cache derrière ce personnage grotesque. Lara casse la mutation du croque-mort, Marc revient à lui, Lara gagne.

 

Marc est totalement déstabilisé. Lara peut lire son jeu… Marc observe le croupier, il distribue à Lara les bonnes cartes et aux autres, les mauvaises, comme Marc, c’est un as du poker, un tricheur.

 

Marc a besoin d'une pause, il appelle Albert aux toilettes, laisse un message : Lara les trompe, le croupier est un pro, elle a fait équipe avec Louis. Lara va tout gagner. Le Mastoc rejoint Marc à l’urinoir, ils s’observent. Marc est contrarié, il se lave les mains, un paquet de cartes neuf est sur le lavabo. Le Mastoc n’est plus là.

 

Marc entre dans les toilettes, sort le jeu, se concentre, devine les cartes, se trompe, se maudit, puis se fige. Quelqu'un entre. Marc se reprend, manipule les cartes d’une main, puis les devine dans l’ordre. Marc soupir de soulagement, cache son jeu, il ouvre la porte, et tombe nez à nez avec Louis.

 

Louis le regarde, sournois, Marc déclare que Lara le malmène. Louis ricane, le Croque-Mort a enfin rencontré une adversaire à sa hauteur. Marc reste silencieux. Lara est un vrai rapace, une ancienne partenaire de Jimi pendant des années.  Marc est scotché. Lara connait son père… La pièce semble flotter, Marc regarde Louis, rayonnant, il le pousse vers la sortie, il est temps que Marc perde ce tournoi.   

Marc s’installe face à Lara, leurs regards se croisent. Devant Lara, une montagne de jetons, une petite foule se rapproche. Le croupier distribue les cartes, Marc place vingt mille en jetons. Lara le suit et double la mise. Marc continue. Le croupier « brûle » une carte, puis en place trois, faces visibles. Lara passe son tour. Marc pousse trente-mille dans le pot. Lara le suit et double sa mise. Marc scrute son visage. Lara reste de marbre, glaciale, le regard vide. Marc suit.

 

La partie s’emballe, le croupier place le river, la dernière carte, face découverte sur la table : un as. Lara passe, Marc l’observe, lui demande si l’homme chauve aux moustaches, est le père de sa fille. Lara, prise de court, respire lourdement. Marc pousse cinquante-mille, sa main rentre prestement dans sa poche de veste.

 

La foule murmure, Lara est désarçonnée, hésite, cherche un signe dans le visage de Marc, elle avance son argent. Marc retourne ses cartes, il gagne ce round, la foule explose. Lara est surprise, Marc presse le croupier de lui pousser ses jetons et dans le même temps, remplace les deux cartes, reçus au début. 

 

Le croupier, moins sûr de lui, ramasse les cartes. Louis scrute Marc. Le croupier, agité, compte rapidement les cartes, le jeu est intégral. Marc a les yeux braqués sur Lara, qui observe son visage. Tout à coup, Marc se transforme, prend une rigidité cadavérique, un râle sort de sa bouche, comme un dernier souffle…

 

Gnnnnnnnnaaaagh… distribue ces putaaaaains de caaaaaartes…

 

Le croupier, mains tremblantes, distribue un nouveau jeu. Marc, ses yeux toujours rivés sur Lara, lui demande si elle gagnait, quitterait-elle vraiment le père de sa fille ? Lara confirme, bouleversée.

 

Marc, sans regarder ses cartes, repousse tous ses jetons dans le pot. Lara reste bouche bée. Marc retourne ses cartes, Lara le suit, les larmes aux yeux, elle met tous ses jetons au centre. Elle retourne ses cartes, elle a une quinte royale, la meilleure combinaison possible. La salle explose, cris, applaudissements.

 

Lara retrouve Marc au bar, la salle est quasiment vide, elle l’attrape par le bras. Il faut partir. Mais Louis, l’Homme à la canne et un jeune tatoué se pointent. Louis fait une accolade à Marc. La soirée était exceptionnelle, Marc est un vrai génie, ils vont faire de supers combines ensemble. 

 

Lara additionne ses gains, leurs gains, corrige Louis. Lara acquiesce. Louis interroge Marc sur leur avenir. Marc enlève la main de Louis de son épaule, il ne fera jamais quoi que ce soit pour Louis. A ces mots, tout le monde se fige. Louis explose de rire, la dette de Jimi court toujours, et comme le père n’a pas l’air disponible, c’est à Marc de payer… ou à la petite fille de Lara...

 

Lara lui jette son whiskey au visage, sa fille est en dehors de tout ça. L’homme à la canne attrape Lara, sort une dague du pommeau et la pointe sur le cou de Lara. Marc accepte le deal si Louis laisse partir Lara. Louis, glacial, lui assène un coup de poing au plexus. Marc tombe, à ses pieds, recroquevillé de douleur.  

 

Soudain, des coups de feu. Des hommes cagoulés avancent vers le guichet, et s’emparent de l’argent du tournoi. Louis reconnait les frères Weiss et Albert. Ils traversent la salle parmi les hurlements. Un autre coup de feu. Un des Weiss s’écroule. Albert tire dans le tas, Louis se jette par terre, le jeune Tatoué s’écroule. L’homme à la canne perd sa dague, Marc accroupi, la lui plante dans le pied.

 

Marc voit les yeux désespérés d’Albert à travers sa cagoule. Ils s’enfuient avec l’argent, les hommes de Louis, dont le Mastoc, à leurs trousses. Marc et Lara quittent le bar en courant, Aleco arrive en trombe et les embarque.

 

Marc hallucine ! Albert a braqué Louis ! Aleco hausse les épaules, c’était improvisé. Lara les a trahis, maintenant tout est mal barré, Louis a reconnu Albert. Aleco scrute Lara dans le rétroviseur. Tout ça, est de sa faute.

 

Lara se repend, elle n’aurait jamais dû accepter les magouilles de Jimi, d’Albert et encore moins de Louis. Lara savait qu’elle briserait le cœur de Marc. Marc lui serre la main à la broyer, Lara incline la tête, chuchote, non, ils s’embrassent. Soudain, Lara repousse Marc, saute du véhicule. Marc hurle son nom, Lara disparait dans la foule des Parisiens.

 

Marc arrive à la morgue, entre chez Pierrette, la pièce est tapissée d’un vieux papier peint, une ampoule dégage une lumière chaude. Marc distingue assis autour de la vieille table, ce personnage bizarre, chauve, derrière les cicatrices, la moustache tombante. Marc reconnait son père...

 

Le visage de Marc se décompose, sidéré... Pierrette se lève, Marc la repousse. Comment a-t-elle pu lui cacher que son père était encore en vie ! Jimi se met debout, les bras ouverts. Marc hésite, puis s’effondre dans ses bras. Jimi le console, c’était la seule solution pour le préserver du danger.

Pierrette s’explique : Albert avait prévenu Jimi, Louis lui avait donné l'ordre de le supprimer. Pierrette avait réservé un cadavre, un « sosie » de Jimi. Ils ont installé le trépassé au volant de la voiture, Albert a tiré dessus, puis, sous les yeux des sbires de Louis, a incendié le véhicule.

 

Pierrette s’excuse, c’était le seul moyen d’échapper à Louis. Elle a cherché à le dire maintes fois à Marc, mais… Marc s’effondre. Jimi enlève ses lunettes noires et fixe Marc, pourquoi a t-il laissé Lara gagner le tournoi ? Marc, en pleurs, répond qu’elle a une fille, et qu’elle est résolue à quitter le père de l’enfant. Il fixe son père...

 

Jimi secoue la tête. Lara a menti, elle n’a pas de fille, ils vont lui régler son compte, mais ils doivent rester soudés, redevenir partners comme avant. Il faut retrouver l’argent, avant Louis. Marc scrute le visage de son père, si différent, si abîmé. Le téléphone de Jimi sonne, d’un bond, il se met debout et sort.    

 

Pierrette revient avec une blanquette et un pichet de rosé. Marc mange sans appétit. Il lui avoue qu'il a menti pour l'examen de thanatopracteur. Pierrette rit, elle s’en doutait.

 

La sonnette de la porte retentit, des policiers arrivent avec un cadavre décapité. Marc reconnaît la cagoule de ski d’Albert dans la poche du mort. Marc part, abattu, son père semble, une fois de plus, avoir disparu…

 

Marc, les larmes aux yeux, fonce à l'aveuglette dans l'énorme carcasse du Mastoc. Marc a juste le temps de voir le visage impassible du mastodonte, L’homme à la canne l’assomme. Marc sombre, l’écho du cri de Lara le suit vers le néant…

 

Retour scène d'ouverture : sous une pleine lune, la troupe avance. Marc est au sol, le Mastoc le tire par les jambes. Lara marche à ses côtés.

 

Marc est ébloui par des phares, une portière s’ouvre. Louis s’avance, jette un sac plastique devant Marc... la tête d'Albert ! Marc et Lara hurlent, l’Homme sort la dague de sa canne, et menace du même sort Lara. Sous la torture, Albert n’a cessé de répéter : « il faut trouver le courage au fond de ses tripes ». Marc bégaie, il faut retourner à la morgue. Louis, méfiant garde Lara en otage et se retourne au bar.

Pierrette ouvre sous la menace, les gangsters montrent la tête d'Albert à Pierrette, choquée, elle retrouve son sang-froid, et les conduit en salle de réfrigération. Pierrette sort le corps d'Albert, les truands se dirigent vers le cadavre. Marc enfile des gants, prends un scalpel, ouvre le ventre, et extrait un préservatif de l’estomac d'Albert. Dans la capote, une petite clef de vestiaire et un bout de papier avec une adresse d’une consigne.

 

Soudain, le Mastoc d’un coup de scalpel, tranche la gorge de l’Homme à la canne. Le sang gicle ! Marc et Pierrette restent pétrifiés. Le Mastoc annonce, de sa petite voix bizarre, qu’il travaille pour Jimi.

 

Marc et Pierrette respirent, mais le Mastoc leurs explique, laconique, qu’il doit aussi les supprimer… son boss ne veut aucun témoin. Scalpel en main, le Mastoc s’avance vers eux, Marc, désespéré, fait voler les cartes de poker au visage du Mastoc, qui surpris, s’arrête. Pierrette se précipite sur lui et lui plante la sonde de la machine à embaumer. Le Mastoc hurle, mais le formaldéhyde se répend dans son corps et fige son cri.

 

Marc s’adresse à la tête inerte d'Albert. Il le traite de bâtard, mais le remercie de son sacrifice. Les yeux d'Albert s'ouvrent d'un coup et d'une voix sourde, Albert répond à Marc qu'il doit sauver Lara. Il est toujours amoureux d'elle. Marc promet. Pierrette est effondrée, son frère a voulu les assassiner pour de l’argent. Marc, désemparé ne sait pas qui est le plus dangereux. Louis ou son propre père…

 

Pierrette et Marc enfournent l’Homme à la canne, et le corps rigide du Mastoc dans l’incinérateur. Le téléphone du Mastoc sonne, un nom s’affiche, Jimi. Marc imite la voix aigrelette du Mastoc, oui, il a l’argent, il raccroche.

 

Marc appelle Aleco, Albert est mort. Marc lui demande des explosifs, Aleco, triste, reste pragmatique, il accepte en échange de sa part du butin.           

 

Louis fébrile, attend ses complices. Lara est dans un coin. Marc entre dans le bar, un sac de marin à la main. Marc tient un détonateur, Marc menace Louis, si son pouce glisse du bouton, ils seront tous soufflés en enfer.

 

Louis voit les pains de plastique dans le sac, sur les billets. Marc ordonne à Louis de lâcher Lara. Il pourra prendre sa part, dès qu'ils seront hors de portée. Louis sort une arme et la place contre la tempe de Lara, pour Louis, il manque de l’argent.

 

Les yeux de Marc deviennent vaseux, un rictus au visage, il porte à nouveau le masque hallucinant d'un mort-vivant. Marc enclenche le compte à rebours. A cinq, le bar saute. Lara crie. Elle sait qu’il ne bluffe pas, qu’il va tout faire exploser.

 

Un, deux, trois, quatre…

 

Un complice panique, tire sur Louis. Louis riposte, ils tombent morts tous les deux.

 

Marc récupère Lara, Aleco prend le sac et félicite Marc pour son coup de bluff. Ils sortent tous les trois… mais tombent sur Jimi et le frère Weiss, armes en mains.

 

Weiss prend le sac, le jette dans la voiture, au moment où il s’assoit, Jimi le descend. Aleco fonce, tête baissée, se prend un poteau et tombe inconscient. Jimi rit, il est riche à présent. Jimi demande à Lara de venir avec lui, elle peut arrêter sa comédie, leur fille les attend. Marc regarde Lara, estomaqué. Lara se rapproche de Marc. Jimi soupire et les met en joue.   

 

Lara commence à compter… l’instant semble suspendu : Un, deux…

Marc la rejoint : trois… quatre… Le doigt de Jimi se tend sur la gâchette, Cinq…  

 

Marc appuie sur le détonateur. La voiture explose et engloutit Jimi dans une boule de feu. La déflagration projette Marc et Lara au sol, les cheveux roussis, leurs visages noircis, à demi conscients. Les débris s’éparpillent partout. Marc, un rictus morbide figé sur son visage, regarde le ciel. Des billets brûlés flottent dans l’air, une carte de poker, l’as de pique, tombe sur son front. Noir total....

 

3 ans plus tard…

 

Une lune composée de pixels…l’enseigne d’un casino à Amsterdam. Pierrette regarde le championnat de poker depuis la morgue. Elle casse la croute, un cadavre à côté d'elle. Pierrette lève son verre, lorsque le speaker s’excite sur le dernier coup du Croque-Mort, ce jeune prodige mystérieux.

 

Marc a changé, pâle, cadavérique, cheveux gominés en arrière, petite moustache, tout de noir vêtu… visage figé.

 

Marc gagne le tournoi, acclamations, les gens viennent le féliciter, le visage de Marc est impassible, son grotesque sourire de mort-vivant reste fixé.

 

Une personne se faufile dans les coulisses. C’est Lara !

 

Lara tient sa fille dans ses bras, Aleco les croise. Il n’en revient pas ! Lara est désolée. Elle n’a pas donné signe de vie depuis trois ans, question de survie pour elle et sa fille… Aleco reste sur ses gardes, Marc aperçoit Lara, son visage s’adoucit, le masque tombe d’un coup.

 

Marc rejoint Lara, son allure effraie l’enfant. Marc prend la main de Lara, la serre à la briser. Les morts peuvent attendre… Lara l’embrasse.

 

Note d’intention

 

Les morts peuvent attendre aborde le thème de la fin de l’innocence. Marc, « l'innocent », accède à l’âge adulte entouré par une panoplie de personnages parfois absurdes, parfois attendrissants, toujours dangereux. Jeune prodige manipulé depuis toujours par un père vicieux, il découvre la vérité pourrie de cette figure paternelle quasi mythique, à l’image de l’affrontement entre Sean Penn et Christopher Walken dans le film de James Foley, Comme un chien enragé. Mais ici, nous avons un pied dans la comédie noire autant que dans le drame, la violence arrive de façon tranchante et définitive. Imaginons le Blue Velvet de David Lynch réalisé par Benoît Delépine et Gustave Kervern, voilà l’ambiance !

 

Marc vénère son père, l’affable Jean-Michel, dit Jimi. Depuis sa plus tendre enfance, ce flambeur traîne son fils dans des endroits sordides, exploitant ses dons remarquables pour le poker afin de régler ses propres dettes. Jimi n'hésite pas à simuler sa propre mort quand il se confronte à Louis, un vrai psychopathe, laissant Marc en deuil, perdu, mélancolique, et toujours touchant comme un Timothée Chalamet peut l’être.

 

Quand l’histoire démarre, Marc est dans un état second, c’est alors qu’Albert, grand gitan aux cheveux gominés et aux idées farfelues va débarquer dans sa vie. Cet escogriffe, avec ses combines de plus en plus absurdes, va réveiller Marc et le placer sur un trajet tragi-comique. Albert, charismatique, expansif et filou est à l’opposé de Marc, réservé et rêveur. Le duo peut faire penser à Guillaume Depardieu et François Cluzet dans Les Apprentis de Pierre Salvadori.

 

Un film noir certes, mais… Les morts peuvent attendre a aussi le côté assumé et décomplexé d’un « buddy movie », avec un clin d’œil aux films de Judd Apatow autant qu’aux films français des années 70, de Veber à Blier… Imaginons Albert en jeune Jean-Pierre Marielle, relooké façon gitan. Avec ses gestes maladroits et sa grosse voix, il traîne Marc dans ce monde de la pègre de deuxième zone. La partie sombre et dramatique du film serait contrebalancée par la comédie des situations et les répliques cocasses de cette bande de loosers. Dans cette histoire de gangsters ratés, on pourrait retrouver l’esthétique et l’ambiance des films de Tarantino.

 

Lara rejoint le duo. Présence énigmatique, posée, exotique, elle est aussi partante dans ce périple désespéré pour tenter de gagner le gros lot au tournois clandestin organisé par Louis. Sa motivation ? Offrir à sa fille un monde meilleur. Pour cela, elle est prête à jouer sur tous les tableaux. Une femme fatale donc, mais cool, imaginons une Gal Gadot bulgare. Comme toute bonne joueuse de poker, elle cache son jeu, manipulant non seulement nos deux amis mais aussi le spectateur, grâce à son charisme.  Elle abat ses cartes, non sans peine pour Marc et Albert. Cette dualité rend le personnage complexe et captivant.

 

Un récit à twists donc, aux personnages à multiples facettes, où la fourberie est la règle du jeu. Les évènements autour de la « mort » de Jimi, le père de Marc, sont imbriqués et révélés en flashback par divers personnages, pendant que l’intrigue pousse inexorablement Marc vers le tournoi clandestin chez Louis. Cette séquence forte, où l’on découvre en même temps que Marc que son père est toujours vivant et tire les ficelles dans l’ombre, crée un flash cognitif, à travers les indices donnés tout au long du film. Nous sommes propulsés tête baissée vers le troisième acte. Marc va chercher des solutions de plus en plus désespérées pour tenter de résoudre le conflit, poussant la tension au maximum. La fausse mort de Jimi sera la clé de l’évolution du personnage de Marc et du dénouement.  

 

Mais la tragédie est inévitable, la vieille voyante gitane l’a prédit au début de deuxième acte ! Marc perd son innocence et devient encore plus inquiétant que les autres bandits, il n’hésite plus à tricher, voler, séduire, et même tuer son propre père. Finalement le « vrai » visage de Marc, son alter ego, le bizarre et terrifiant Croque-Mort, prend le dessus, pensons Taxis Driver de Scrocese, ou Joker de Todd Phillips. C’est seulement dans la pénultième scène que son amour envers Lara va sauver Marc de déchéance.

 

Avec Les morts peuvent attendre, je voulais faire un récit complexe et sombre tout en utilisant les ressorts comiques. L’originalité du scénario tient dans la juxtaposition des genres, tout en ayant une structure bien ficelée. Je fais des références aux films noir mais aussi aux grandes comédies soi-disant « débiles ».  Les situations parfois grotesques, glauques, je trouve ça drôle et j’assume ce mauvais goût. C’est particulièrement le cas dans les scènes dans la morgue avec Pierrette, tante blagueuse de thanatopraxie. La mort est très présente, j’irai parfois jusqu’au fantastique, avec des séquences de cadavres qui parlent, et la transformation morte vivant que Marc fait pour déstabiliser ses adversaires.  Finalement ce récit est aussi une histoire d’amour, de trahison et de rédemption.

Le voyage de Marc dans ce monde sombre l’abîme, seul l’amour peut le sauver.

 

T: 33 6 62 20 71 51  F: 33 1 48 06 71 51
 

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